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Elise ou
la vraie vie
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PLAN | |||||||||||||||||||||||||
1 - Introduction
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Ce
livre, écrit en 1967 par Claire Etcherelli a obtenu le prix Fémina en 1967.
Il a été porté à l'écran en 1971 par Michel Drach qui a abordé tous les genres
du cinéma français, avec une prédilection pour les sujets renvoyant aux débats
de société tels que l'exclusion, le racisme, la justice, le travail ou la maladie. Claire Etcherelli est un auteur fortement engagé dans la lutte pour la défense de l'Algérie. Encore, à ce jour, on retrouve son nom dans des prises de positions au profit de l'Algérie. Ainsi, elle fait partie du comité de parrainage de la revue périodique Algérie, littérature, action. |
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LE TITRE
: Elise ou la vraie vie Ceci se retrouve dans l'histoire puisque, en effet, Elise quitte sa vie de provinciale " insignifiante " pour vivre, au départ provisoirement, puis définitivement pense-t-elle, à Paris. De plus, ce " ou " indique qu'Elise ne peut pas entretenir une dialectique avec " vraie vie ". En fait, il n'apparaît pas possible de lier les deux entités, les deux " concepts " par la conjonction de coordination " et " puisque les deux sont antinomiques et entretiennent une relation duale. L'idée de " vraie vie " revient constamment au cours de l'histoire. Selon Elise, la " vraie vie " est synonyme d'indépendance, de spectacles, de culture et principalement, d'existence dans une société dans laquelle elle se sent insignifiante. |
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L'HISTOIRE : Elle se passe dans
la France du XXème siècle, plus précisément entre 1954 et 1959, pendant la
guerre d'Algérie. C'est l'histoire d'une famille bordelaise constituée de
trois membres : Elise, son frère cadet Lucien, auquel elle voue une véritable
admiration et leur grand-mère. Ils vivent dans un petit appartement sordide
et étroit. Elise et la grand-mère n'ont que fort peu de contact avec l'extérieur. Par la rencontre d'Henri, un ami d'enfance, Lucien va introduire des préoccupations nouvelles dans ce monde clos. Henri va faire vibrer chez Lucien des sentiments contradictoires et violents. Il est pour Lucien un grand frère digne de confiance qu'il admire et auquel il veut plaire. Henri éveillera alors, chez le frère et la sœur, une conscience politique ou tout au moins l'intérêt pour l'actualité. D'autre part, Lucien sera toujours sans le sou, mensonge ou vérité…, toujours est-il qu'Elise donnera sans cesse de l'argent à ce frère tant adulé. Un jour Elise trouve
une lettre adressée à Lucien. Elle a été écrite par une certaine Anna, une
amie à lui. Ladite lettre marque la fin d'une ère et dès lors tout change.
La rencontre avec Anna se présente comme une nouvelle quête de l'amour. Elle
offre à Lucien une image féminine neuve et plus contestatrice à l'inverse
de Marie-Louise, femme soumise. Liée à la vie sociale et politique, Anna apporte
une nouvelle vision du monde. Elise supporte mal le départ de Lucien, son frère, son lien unique avec le monde. A l'occasion d'un séjour en maison de repos de la grand-mère, Elise décide de partir rejoindre son frère à Paris. Sans argent, pour ce faire, elle met en gage les bijoux de la grand-mère sans l'en avertir. A Paris, Elise regrette sa vie claustrée. Le manque d'argent se faisant ressentir, son frère lui propose alors de travailler dans l'usine qui l'emploie - un travail de contrôle. Elle accepte tout en sachant qu'elle repartira bientôt ; mais avant elle doit gagner suffisamment d'argent pour récupérer les bijoux de la grand-mère. Elle vie toujours dans l'ombre de Lucien mais grâce à son travail, petit à petit, elle se détache de lui. Pourtant les sentiments d'amour et d'affection qu'elle éprouve pour son frère perdureront au long de l'histoire. L'acceptation de cet emploi va marquer un tournant dans la vie d'Elise : elle ne le sait pas encore mais grâce à cet emploi, elle va goûter à ce qu'elle pensait être la " vraie vie ". Nouvelle arrivante à l'usine, Elise a des difficultés à s'intégrer et à effectuer la tâche qui lui est assignée et qui consiste à contrôler les voitures qui, au début, défilent selon elle à une cadence effrayante. Elise s'habitue progressivement à cette vie, aux trajets quotidiens, aux repas et également aux sifflements des ouvriers alors qu'elle traverse l'atelier et qui, avec le temps, s'affaibliront pour laisser place plus tard aux regards réprobateurs. A l'usine, Elise rencontre
Arezki, un homme qui va bouleverser sa vie et faire naître en elle des sensations
inconnues qu'elle avait seulement imaginées par l'intermédiaire de la vie
amoureuse de son frère et de Marie-Louise qui sera remplacée ultérieurement
par Anna. L'intérêt porté à Arezki naît lentement. Il y a les premiers rendez-vous
donnés sous couvert de la chaîne et au travers des cadences infernales. Progressivement
la présence de l'autre deviendra indispensable. Quand elle perd ceux qu'elle a le plus aimé, Elise découvre alors l'autre " vraie vie ", celle qu'elle n'envisageait pas. Elle réalise que la " vraie vie " imaginée dans sa province natale se trouve déjà derrière elle et qu'elle a eu fort peu de temps pour la vivre. |
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LA TOILE DE FOND : Nous sommes en pleine
guerre d'Algérie. Les conditions d'existence sont dramatiques pour les algériens
de métropole. Ainsi, l'histoire s'inscrit dans un climat politique et social
influencé par le conflit en cours. Les arrestations massives, les mouvements
sociaux et politiques, la violence et les mesures répressives sont omniprésentes.
L'intervention de la police au domicile d'Arezki et l'obligation qui lui est
faite de se mettre nu devant Elise est très significative du climat qui sévit
à cette époque à Paris et aussi dans toutes la France. Il en est de même en
ce qui concerne le monde du travail au travers de la réplique du " gardien
à casquette " qui demande à un étranger : " qu'est-ce que tu veux ? " et qu'il
lui répond qu'il n'y a pas d'embauche alors que quelques lignes (ou quelques
temps) après, il s'adresse à Elise de la façon suivant : " c'est pour l'embauche
?[…] Allez-y " (page 74). Au delà de ce tableau
de conflit social, il y a l'usine. Cette usine qui, contrairement aux " français
" membres de la hiérarchie, avale les hommes et les femmes, sans distinction
de race et de religion, dès le matin, qui prend le temps de les digérer pour
les recracher le soir, épuisés par le travail [on retrouve là, l'impression
donnée par l'ogre que représente la mine dans Germinal de E. Zola]. Chacun
y est anonyme : " les hommes et les femmes qui passaient devant moi ne me
remarquèrent pas " (page 73). Les trajets font parties intégrantes de l'usine,
de la journée de travail. Omniprésente dès la
deuxième partie de l'œuvre, l'usine apparaît avec " un immense mur et d'immenses
portes de fer " (page 73), rien ne laisse paraître ce qu'il y a derrière ;
ou plutôt cela permet de supposer, de chercher à imaginer ce que ces grands
murs dissimulent. L'image extérieure laisse place à une imagination grise,
sans âme. C'est l'usine avec
toutes les implications qu'elle engendre. L'ère du taylorisme est encore de
rigueur avec le travail à la chaîne, " c'est la chaîne " avec ses cadences,
ses bruits, cette nécessité de toujours faire mieux pour avoir le boni. L'auteur décrit l'usine de telle façon que le lecteur peut en sentir les odeurs, la chaleur, il peut aussi la visualiser. Il n'a pas besoin de la connaître pour se l'imaginer. " La porte de l'atelier franchie, ça y est : odeurs et bruits vous prenaient entre leurs pinces et vous pouviez toujours lutter, ils vous terrassaient à la fin. Les bruits surtout ; les moteurs, les marteaux, les machines outils stridentes comme des scies, et, à intervalles réguliers, la chute des ferrailles " - (page 152). Cette description saisi le lecteur : " la vraie vie, mon frère, je te retiens ! […] Mortel réveil, porte de Choisy. Une odeur d'usine avant même d'y pénétrer. Trois minutes de vestiaire et des heures de chaînes. La chaîne, ô le mot juste… Attachés à nos places. Sans comprendre sans voir. Et dépendant les uns des autres […] entre la graisse et le cambouis, la peinture au goudron et la sueur fétide… " - (page 99). Ici, la guerre d'Algérie
fait obstacle à l'intégration sociale, thème développé par Durkheim. Cet aspect
de la théorie durkheimienne est repris par la définition de l'intégration
sociale selon trois caractéristiques telle qu'elle est donnée par Philippe
Besnard : " Un groupe social sera dit intégré dans la mesure où ses membres
: 1) possèdent une conscience commune, partagent les mêmes sentiments, croyances
et pratiques (société religieuse) ; 2) sont en interaction les uns avec les
autres (société domestique) ; 3) se sentent voués à des buts communs (société
politique) " P. Besnard - La sociologie de Durkheim. Apparaît aussi dans cette citation, à propos de la chaîne, les termes de " gestes rétrécis " et de " rythme étriqué ". On voit ici comment la chaîne est perçue et vécue. Il existe comme un besoin de défoulement, de " revanche " pour reprendre le terme de l'auteur. Le fait de bouger, de se mouvoir, " de taper des mains ", donne un sentiment de liberté à l'ouvrier qui dans l'ampleur de son mouvement déploie, au-delà de ses membres, sa faculté de s'auto-libérer des gestes de la chaîne qui non seulement l'aliènent mentalement mais aussi le sclérosent physiquement. L'usine, omniprésente dans le livre agit et influe, tel un personnage, sur les individus et dans leurs rapports au monde. Elle rythme leur vie, saccade leurs loisirs et enivre leurs existences. Ainsi, les propos tenus par l'oncle d'Arezki sont significatifs de l'influence du milieu de travail sur l'homme en tant qu'individu : " …je leur ai dit , tant pis, frappez moi, tuez-moi, je peux pas m'en passer. Trente ans que je travaille en France. Vingt ans de fonderie. Dix ans que je fais le veilleur de nuit. Il faut que je boive.[…] mais à mon âge, les habitudes ne me quittent pas. Je paierai " - (page 203). Dans ses paroles, on sent bien que l'homme est prêt, après avoir payé de sa santé, à payer encore, non seulement de son maigre portefeuille, mais aussi de sa vie au travers de la boisson et des conséquences qu'elle peut engendrer. En fait, dans la majeure partie de l'ouvrage on voit alternativement l'usine comme élément dompteur des individus et, à l'extérieur, l'impact de la police et l'empreinte laissée par le travail sur les hommes. L'impression est telle que le lecteur lui aussi se laisse envahir par la grisaille de l'usine, la tourmente de l'extérieur, de Paris et l'obscurité des chambres qui tiennent lieu de domicile à Elise, Lucien, Anna, la grand-mère, Arezki et les autres. En ce qui concerne Elise, elle a le sentiment d'exister alors qu'à Bordeaux, comme énoncé précédemment, elle est Elise, tout simplement. L'autre Elise, celle qui n'existe qu'au travers son frère. Tout comme l'histoire
d'amour vécue et décrite avec pudeur, l'usine fait vibrer le lecteur au rythme
des cadences infernales de la chaîne. En fait, il serait plus juste de dire
que c'est l'usine qui rythme l'histoire d'amour d'Elise et Arezki. Ainsi on
voit combien les instants de liberté que laisse l'usine sont empreints des
vestiaires, des ateliers, des sifflements, des regards, des rumeurs, de la
chaîne et des rencontres fortuites dans les voitures à équiper et à contrôler. |
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- vestiaires
: le moment auquel il doivent se quitter après une rencontre |
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On voit bien que la vraie vie imaginée initialement ailleurs par Elise n'est pas significative de la réalité. Les contrastes et rapprochements observés entre les deux mondes clos et ouverts ne sont pas interdépendants d'un style ou d'un lieu de vie. Ainsi Elise aurait très bien pu connaître, telle qu'elle l'imaginait, la vraie vie dans sa province de Bordeaux .
Au-delà du plaidoyer
en faveur de la tolérance, c'est Claire Etcherelli qui semble se cacher derrière
Elise - Elise, en fait, était une partie d'elle-même, au travers de son engagement.
On peut se demander si cette œuvre n'est pas le reflet de l'âme de cette femme
engagée, qui fait partie des auteurs qui écrivent en faveur de la cause algérienne.
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